Dépression et assurance emprunteur après 60 ans
Dépression et assurance de prêt après 60 ans : exclusion des affections psychiques, déclaration d'un traitement antidépresseur ancien, niveau AERAS.
Un antécédent dépressif empêche rarement d'obtenir une assurance de prêt à 62 ou 68 ans. Ce qui se joue se lit à un autre endroit du contrat : une ligne d'exclusion, celle qui vise les affections psychiques.
Cette ligne figure dans la quasi-totalité des contrats de groupe bancaires. Elle ne coûte rien à un emprunteur retraité dont les garanties d'arrêt de travail ne s'appliquent déjà plus. Elle vide en revanche la couverture d'un emprunteur de 58 ans encore en activité. Toute la question est de savoir dans quel cas vous êtes, avant de signer.
Une dépression empêche-t-elle d'obtenir un prêt immobilier après 60 ans ?
Non, dans la très grande majorité des situations. Les troubles dépressifs sont fréquents et l'assurance emprunteur les traite comme des antécédents ordinaires, pas comme des risques hors norme.
Les chiffres publics le rappellent utilement. Selon le Baromètre santé 2021 de Santé publique France, publié au Bulletin épidémiologique hebdomadaire n° 2 de 2023, 12,5 % des 18-85 ans ont connu un épisode dépressif caractérisé dans l'année, dont 11,4 % des 55-64 ans, 9,3 % des 65-74 ans et 8,5 % des 75-85 ans. L'édition 2024 du même baromètre situe la prévalence à 15,6 % chez les 18-79 ans. Autrement dit, un emprunteur sur dix environ, dans votre tranche d'âge, a vécu ce que vous avez vécu.
Les médecins-conseils des assureurs le savent. Leur travail ne consiste pas à écarter ces dossiers, mais à distinguer un épisode isolé et résolu d'un trouble évolutif. C'est cette distinction qui décide de tout, et elle se documente.
Que regarde exactement le médecin-conseil dans un antécédent dépressif ?
Six éléments, toujours les mêmes, et aucun ne porte sur la cause de votre dépression.
- L'ancienneté du dernier épisode. Plus il est éloigné, moins il pèse. Un épisode remontant à plus de cinq ans, sans rechute, change radicalement la lecture du dossier.
- Le nombre d'épisodes. Un épisode unique et des épisodes récurrents ne relèvent pas de la même analyse. C'est le critère le plus discriminant.
- L'existence d'une hospitalisation. Une hospitalisation en service de psychiatrie, même brève et même ancienne, oriente le dossier vers un examen renforcé.
- Les arrêts de travail. Leur nombre et leur durée cumulée servent de mesure indirecte du retentissement réel de la maladie.
- La nature et la durée du traitement. Un antidépresseur pris pendant huit mois puis arrêté ne se lit pas comme un traitement poursuivi depuis douze ans, ni comme une association de plusieurs molécules.
- Le suivi. Un suivi par le médecin traitant seul, un suivi psychologique, un suivi psychiatrique régulier : ces trois situations n'envoient pas le même signal.
Un dernier point, souvent décisif et rarement anticipé : les tentatives de suicide et les conduites addictives associées font l'objet de questions distinctes sur le formulaire médical. Elles doivent être renseignées, et elles pèsent lourdement sur la cotation.
Quelle différence entre un épisode réactionnel unique et un trouble récurrent ?
Toute la différence tarifaire, et souvent la différence entre une exclusion et une couverture complète.
L'Assurance Maladie définit l'épisode dépressif caractérisé par des symptômes présents « durant une période minimum de 2 semaines », et distingue trois intensités : légère, modérée, sévère. Un épisode unique, survenu dans un contexte identifiable — un deuil, une séparation, une perte d'emploi, une maladie grave —, traité, résolu, sans rechute depuis des années, se présente comme un événement clos. Le dossier est alors celui d'une personne sans traitement en cours.
Un trouble dépressif récurrent, avec plusieurs épisodes documentés, un traitement de fond au long cours et un suivi psychiatrique actif, se présente comme une maladie chronique. Les recommandations de la Haute Autorité de Santé prévoient d'ailleurs une durée de traitement prolongée dans ces formes, précisément pour prévenir les récidives. L'assureur y voit un facteur de stabilité clinique, mais aussi le marqueur d'une pathologie évolutive.
Ce que cela implique concrètement : si votre situation relève du premier cas, ne laissez pas votre dossier être lu comme le second. Une lettre de votre médecin traitant précisant qu'il s'agissait d'un épisode unique, réactionnel, résolu depuis telle date, sans traitement ni suivi depuis, vaut mieux que trois cases cochées sur un formulaire.
Pourquoi presque tous les contrats de groupe excluent-ils les affections psychiques ?
Parce qu'elles entrent dans la catégorie des affections dites non objectivables : celles qu'aucun examen d'imagerie ou de biologie ne permet de mesurer.
Les contrats de groupe des banques regroupent le plus souvent, sous une même clause, les affections psychiques et les affections du dos. La logique de l'assureur est statistique et non médicale : ces motifs représentent une part importante des arrêts de travail longs, et l'arrêt de travail y est plus difficile à contrôler qu'une fracture ou un infarctus.
Deux conséquences pratiques :
- L'exclusion ne porte pas sur le décès. Elle vise l'incapacité temporaire totale de travail (ITT, la période où vous ne pouvez plus travailler) et l'invalidité permanente totale (IPT). La garantie décès et la garantie perte totale et irréversible d'autonomie (PTIA) restent en principe acquises, avec ou sans surprime.
- La clause est souvent rachetable. Beaucoup de contrats individuels proposent une option de rachat — une garantie psychique souscrite en supplément, contre une majoration de cotisation. Elle est fréquemment assortie d'une condition : la prise en charge n'intervient qu'après une hospitalisation continue d'une durée minimale fixée au contrat. Lisez cette durée avant de payer l'option, elle change entièrement la valeur de la garantie.
Cette exclusion est légale et très répandue. Elle n'est pas pour autant une fatalité : sa rédaction et sa portée varient nettement d'un contrat à l'autre, et c'est sur ce terrain que se gagne la négociation.
Un arrêt de travail passé pour motif psychique change-t-il quelque chose ?
Oui, et c'est souvent la question qui inquiète le plus. Un arrêt de travail pour motif psychique est une information que l'assureur demande et qu'il pondère.
Le formulaire médical interroge habituellement les arrêts de travail dépassant une durée seuil — fréquemment 21 ou 30 jours — sur les trois à cinq dernières années. Un arrêt de six semaines il y a quatre ans, suivi d'une reprise complète du travail sans rechute, se documente et se défend. Des arrêts répétés, prolongés, ou un arrêt qui s'est terminé par une reconnaissance d'invalidité, appellent un examen bien plus attentif.
Trois pièces changent la lecture du dossier :
- une attestation de reprise du travail à temps plein, avec sa date ;
- l'absence d'arrêt de même motif depuis, sur une période longue ;
- une lettre du médecin traitant ou du psychiatre datant de moins de trois mois, décrivant l'évolution et l'absence de rechute.
Si vous êtes retraité, la question perd une partie de son enjeu : les garanties d'arrêt de travail cessent à un âge limite fixé au contrat. Vérifiez cet âge dans la fiche standardisée d'information (FSI), le document de comparaison remis avant toute souscription, avant de vous battre sur un point qui ne vous concerne plus.
Faut-il déclarer un traitement antidépresseur pris il y a dix ans ?
Oui. Le questionnaire porte sur vos antécédents, pas seulement sur votre état du jour, et l'omission se paie au moment du sinistre.
Beaucoup d'emprunteurs hésitent sur ce point précis, par crainte d'être pénalisés pour un épisode qu'ils considèrent comme réglé. Le calcul est pourtant défavorable, et voici pourquoi, sans dramatiser.
L'article L. 113-8 du code des assurances prévoit que le contrat est nul en cas de réticence ou de fausse déclaration intentionnelle de l'assuré, dès lors qu'elle change l'objet du risque ou en diminue l'opinion pour l'assureur, « alors même que le risque omis ou dénaturé a été sans influence sur le sinistre ». Autrement dit : la nullité peut être opposée même si le décès ou l'arrêt de travail n'a aucun rapport avec la dépression omise.
L'article L. 113-9 traite le cas où la mauvaise foi n'est pas établie. La sanction est alors plus mesurée : si l'omission est découverte avant tout sinistre, l'assureur peut maintenir le contrat contre une augmentation de prime acceptée, ou le résilier ; si elle est découverte après, l'indemnité est réduite en proportion des primes payées par rapport à celles qui auraient été dues.
Dans les deux cas, la personne exposée n'est pas seulement vous : c'est votre conjoint ou vos héritiers, qui découvriraient le problème au pire moment. Un antécédent déclaré coûte parfois une exclusion. Un antécédent omis peut coûter la totalité du capital restant dû.
Le réflexe utile : conservez une copie datée du questionnaire que vous avez rempli, avec les pièces transmises. C'est votre preuve de bonne foi.
Quel niveau AERAS pour un antécédent dépressif, et le droit à l'oubli s'applique-t-il ?
La convention AERAS s'applique, le droit à l'oubli non. Ce sont deux mécanismes différents, souvent confondus.
La convention AERAS — pour « s'Assurer et Emprunter avec un Risque Aggravé de Santé » — organise un réexamen automatique des demandes refusées ou fortement surprimées, à trois niveaux : analyse standard, puis examen individualisé par un service médical spécialisé, puis pool de réassurance pour les risques les plus lourds. Elle couvre un capital pouvant aller jusqu'à 420 000 € par tête assurée, pour un prêt s'achevant avant votre 71e anniversaire.
En pratique, un épisode dépressif isolé et stabilisé s'examine généralement au niveau 1, sans délai d'accès particulier. Des épisodes récurrents ou un antécédent d'hospitalisation psychiatrique orientent vers le niveau 2. Ces orientations décrivent la pratique constatée du parcours AERAS ; la grille de référence de la convention, qui liste les pathologies bénéficiant de conditions particulières, ne comporte pas de rubrique dédiée aux troubles de l'humeur — vérifiez la version en vigueur sur aeras-infos.fr avant de vous en prévaloir.
Le droit à l'oubli, lui, ne concerne que les anciens cancers et l'hépatite C, cinq ans après la fin du protocole thérapeutique. Une dépression, même guérie depuis quinze ans, reste déclarable. Il en va de même de la dispense de questionnaire de santé prévue par la loi Lemoine : elle suppose une part assurée d'au plus 200 000 € par tête assurée et un prêt intégralement remboursé avant votre 60e anniversaire. Après 60 ans, cette seconde condition ne peut plus être remplie, et le formulaire médical reste à remplir.
Quelle surprime attendre sur un dossier avec antécédent dépressif ?
Les niveaux ci-dessous sont des ordres de grandeur estimés, non relevés sur un échantillon de devis. Ils servent à situer une proposition reçue, pas à prévoir la vôtre. Notre méthodologie précise ce que nous vérifions et ce que nous ne mesurons pas.
| Situation | Décès et PTIA | Arrêt de travail (ITT, IPT) |
|---|---|---|
| Épisode unique réactionnel, terminé depuis plus de 5 ans, sans traitement ni suivi | Surprime nulle à faible | Exclusion psychique proposée d'office, souvent négociable |
| Épisode unique, traitement arrêté depuis 2 à 5 ans, aucun arrêt de travail | Surprime faible | Exclusion fréquente, rachat parfois possible |
| Traitement antidépresseur en cours, état stable, suivi régulier | Surprime faible à modérée | Exclusion quasi systématique |
| Épisodes récurrents documentés, arrêts de travail répétés | Surprime modérée | Exclusion large, rachat rarement accordé |
| Antécédent d'hospitalisation en psychiatrie | Surprime modérée à importante | Exclusion, examen en niveau 2 AERAS |
| Antécédent de tentative de suicide, ou addiction associée non sevrée | Examen individualisé, ajournement possible | Exclusion, refus fréquent |
La lecture utile de ce tableau tient en une phrase : sur cet antécédent, la négociation porte presque toujours sur le périmètre de l'exclusion, rarement sur le prix du décès.
Martine, 64 ans : l'exclusion qu'elle a cessé de contester
Exemple volontairement simplifié, construit pour illustrer le raisonnement, et non tiré d'un dossier réel.
Martine, 64 ans, retraitée depuis deux ans, achète un appartement à 96 000 € financé sur douze ans, assuré à 100 % sur sa tête. Antécédent : un épisode dépressif caractérisé après le décès de son mari en 2019, traité par antidépresseur pendant quatorze mois, un arrêt de travail de trois mois, aucune hospitalisation, plus aucun traitement ni suivi depuis 2021.
Sa banque lui adresse une proposition assortie d'une exclusion des affections psychiques et nerveuses. Martine s'apprête à la contester, puis ouvre la fiche standardisée d'information : les garanties d'incapacité et d'invalidité de ce contrat cessent à 65 ans. Elles ne la couvriront que douze mois, sur un prêt de douze ans.
Le sujet réel devenait donc le prix du décès et de la PTIA. Elle transmet à trois assureurs individuels un dossier tenant en trois pièces : une lettre de son médecin traitant datant le début et la fin de l'épisode, la mention explicite du caractère unique et réactionnel, et l'attestation d'absence de traitement depuis 2021. Sur ce périmètre, l'antécédent pèse peu.
La leçon est transposable : avant de discuter une exclusion, vérifiez qu'elle porte sur une garantie que vous détenez encore.
Questions fréquentes
Questions fréquentes
Faut-il déclarer un traitement antidépresseur arrêté il y a dix ans ?
L'exclusion des affections psychiques est-elle négociable ?
Un arrêt de travail pour dépression doit-il figurer sur le questionnaire ?
Une dépression ouvre-t-elle droit à l'oubli après cinq ans ?
Un suivi psychologique sans médicament doit-il être déclaré ?
Si je suis retraité, l'exclusion psychique a-t-elle une conséquence réelle ?
Pour aller plus loin
Sources officielles
- Santé publique France — Prévalence des épisodes dépressifs chez les 18-85 ans, Baromètre santé 2021 (BEH n° 2, 2023) ↗
- Santé publique France — Épisodes dépressifs : prévalence et recours aux soins, Baromètre 2024 ↗
- Assurance Maladie — Épisode dépressif caractérisé de l'adulte ↗
- Haute Autorité de Santé — Épisode dépressif caractérisé de l'adulte : prise en charge en premier recours ↗
- Légifrance — Article L. 113-8 du code des assurances ↗
- Légifrance — Article L. 113-9 du code des assurances ↗
- Convention AERAS — site officiel ↗
- Légifrance — Loi n° 2022-270 du 28 février 2022 (loi Lemoine) ↗
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