Senior Emprunteur

Rhumatisme psoriasique : assurance emprunteur

20 % des psoriasis s'accompagnent d'une atteinte articulaire. Rhumatisme psoriasique et assurance de prêt : surprimes, exclusions, AERAS 2026.

Par Jérémy Chevalier Publié le Mis à jour le

Oui, on obtient une assurance emprunteur avec un rhumatisme psoriasique après 60 ans, biothérapie comprise. L'assureur instruit ce dossier comme une polyarthrite rhumatoïde, mais deux éléments propres au rhumatisme psoriasique décident de la note finale : votre phénotype articulaire et votre bilan cardio-métabolique.

Le premier oriente la garantie incapacité de travail. Le second, beaucoup plus déterminant qu'on ne le croit, oriente la garantie décès. C'est ce déplacement du curseur qui explique pourquoi deux emprunteurs au même diagnostic reçoivent des propositions très différentes.

Pourquoi un dossier rhumatisme psoriasique compte-t-il deux maladies au lieu d'une ?

Parce que le rhumatisme psoriasique associe une atteinte articulaire inflammatoire et une maladie de peau, et que l'assureur les évalue séparément. En France, le psoriasis concerne 2 à 3 % de la population selon l'Assurance Maladie, et « dans 20 % des cas de psoriasis, il existe une atteinte articulaire douloureuse ». L'Inserm retient une proportion voisine : « le rhumatisme psoriasique affecte au moins 20 % des patients ».

La chronologie compte pour le dossier. Toujours selon l'Assurance Maladie, « le rhumatisme psoriasique survient, 3 fois sur 4, plusieurs années après le début du psoriasis cutané », et dans 10 à 15 % des cas les deux apparaissent en même temps. Beaucoup d'emprunteurs de 60 ans traînent donc un psoriasis déclaré depuis vingt ou trente ans, puis un diagnostic articulaire plus récent.

D'où une erreur fréquente et coûteuse : déclarer le psoriasis seul, ou le rhumatisme seul. Les deux relèvent de questions distinctes dans le formulaire médical, et l'omission de l'un se retourne contre vous en cas de sinistre.

Qu'est-ce qui fait vraiment monter la surprime décès ?

Les comorbidités, pas les articulations. L'Inserm indique que le psoriasis est « associé à une augmentation du risque de maladie cardiovasculaire d'environ 25 %, indépendamment des autres facteurs de risque traditionnels ». Un assureur qui tarife un décès sur quinze ans regarde d'abord ce chiffre-là.

S'y ajoute le syndrome métabolique, que l'Assurance Maladie décrit comme l'association d'une obésité abdominale et d'au moins deux critères parmi l'hypertension artérielle, la dyslipidémie et l'hyperglycémie. Chacun de ces critères est déjà une ligne du formulaire médical. Cumulés avec le rhumatisme, ils font basculer un dossier de la surprime modérée à la surprime lourde.

Un troisième facteur passe souvent inaperçu : l'Inserm signale « un état dépressif chez 30 à 40 % des patients » dans les formes sévères. Un antécédent dépressif documenté déclenche fréquemment une exclusion des affections psychiques, distincte de celle qui vise les articulations.

Ce constat a une conséquence pratique encourageante. Le levier le plus rentable sur votre cotisation n'est pas rhumatologique, il est vasculaire : tension équilibrée, LDL cholestérol à l'objectif, poids stable, arrêt du tabac documenté. Ces éléments-là, vous pouvez les faire figurer noir sur blanc dans le dossier avant de le déposer.

Quels indicateurs médicaux l'assureur examine-t-il dans un rhumatisme psoriasique ?

Cinq, principalement.

  • Le score DAPSA (Disease Activity in Psoriatic Arthritis), retenu par la Société française de rhumatologie dans ses recommandations 2022 comme cible validée en pratique courante. Il combine articulations douloureuses et gonflées, douleur, évaluation globale du patient et CRP (la protéine C réactive, marqueur sanguin de l'inflammation).
  • Le phénotype, c'est-à-dire la forme que prend la maladie : monoarthrite, oligoarthrite, polyarthrite, atteinte de la colonne et du bassin, dactylite (le « doigt en saucisse »), enthésite du talon.
  • L'atteinte cutanée, chiffrée par le score PASI, qui mesure l'étendue et la sévérité des plaques, ou par la surface corporelle atteinte. L'atteinte des ongles, fréquente, est notée à part.
  • L'imagerie : radiographies des mains, des pieds et du bassin, à la recherche d'érosions ou d'une atteinte axiale.
  • L'ancienneté et la stabilité : vingt-quatre mois sans changement de traitement ni poussée majeure valent plus, dans un dossier, qu'un score isolé pris un bon jour.

Être sous biothérapie pénalise-t-il une demande d'assurance de prêt immobilier ?

Non, et l'inverse est souvent vrai : une maladie contrôlée sous traitement se tarife mieux qu'une maladie active sans traitement. Ce que le médecin-conseil compte, ce sont les lignes de traitement successives.

L'escalade thérapeutique suit un ordre connu : anti-inflammatoires, méthotrexate ou léflunomide, aprémilast, puis les biothérapies. Parmi elles, les anti-TNF (médicaments bloquant le facteur de nécrose tumorale, comme l'adalimumab ou l'étanercept), les anti-interleukine 17 (sécukinumab, ixékizumab), les anti-interleukine 23 (ustékinumab, guselkumab), et les inhibiteurs de JAK.

L'Inserm relève qu'« environ un tiers des patients doivent changer de biothérapie dans les 3 ans », principalement par perte d'efficacité. Un emprunteur stabilisé depuis quatre ans sous sa première biothérapie envoie donc un signal nettement plus favorable qu'un emprunteur qui en est à sa troisième ligne en cinq ans. Les inhibiteurs de JAK font l'objet d'une attention particulière après 65 ans depuis le réexamen européen de leur sécurité cardiovasculaire en 2022.

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Que faut-il déclarer dans le questionnaire de santé quand on a un rhumatisme psoriasique ?

Tout ce qui touche à la peau comme aux articulations, sans arbitrer vous-même ce qui vous paraît secondaire. Dans un questionnaire de santé d'assurance de prêt, les rubriques concernées sont en général :

  • l'affection articulaire et la date du diagnostic ;
  • la maladie de peau, souvent listée séparément ;
  • les traitements passés et en cours, avec les dates de début et d'arrêt ;
  • les arrêts de travail de plus de 21 ou 30 jours sur les trois à cinq dernières années ;
  • les hospitalisations, infiltrations et interventions articulaires ;
  • une éventuelle prise en charge à 100 % au titre d'une affection de longue durée.

L'enjeu est juridique autant que financier. Une fausse déclaration intentionnelle entraîne la nullité du contrat, prévue par l'article L. 113-8 du Code des assurances : les cotisations restent acquises à l'assureur et le capital n'est pas versé. Une omission non intentionnelle entraîne une réduction proportionnelle de l'indemnité (article L. 113-9). Autrement dit, le risque de la déclaration incomplète pèse sur votre famille, pas sur vous.

Un point à écarter tout de suite : la dispense de formulaire médical prévue par la loi Lemoine ne vous concerne probablement pas. Elle suppose une part assurée inférieure ou égale à 200 000 € par tête assurée et un remboursement du prêt achevé avant votre 60e anniversaire. Après 60 ans, cette seconde condition n'est mécaniquement plus remplie.

Quelles pièces réunir avant de déposer le dossier ?

Deux séries, l'une rhumatologique, l'autre dermatologique. Un dossier complet transmis d'emblée évite les allers-retours de pièces manquantes, qui sont la première cause d'instruction longue.

Côté rhumatologie : lettre du rhumatologue de moins de trois mois précisant la date du diagnostic, le phénotype, le DAPSA actuel et son évolution sur vingt-quatre mois ; historique des traitements avec les motifs de changement ; radiographies récentes des mains, pieds et bassin ; bilan inflammatoire (CRP, vitesse de sédimentation).

Côté dermatologie et terrain général : compte rendu dermatologique récent avec l'étendue de l'atteinte cutanée et unguéale ; bilan lipidique et glycémie à jeun ou HbA1c ; mesures de tension artérielle ; électrocardiogramme de repos si vous avez plus de 60 ans ; poids et indice de masse corporelle ; statut tabagique.

Ajoutez, si le cas se présente, une lettre expliquant chaque arrêt de travail des cinq dernières années. Sans cette mise en contexte, des arrêts répétés se lisent comme une maladie mal contrôlée, même lorsqu'ils tiennent à une cause étrangère au rhumatisme.

Quelle surprime d'assurance emprunteur pour un rhumatisme psoriasique ?

Les ordres de grandeur ci-dessous proviennent des pratiques observées par les courtiers spécialisés en risque aggravé. Ils ne sont issus d'aucun barème public, ne sont opposables à aucun assureur, et ne remplacent pas une étude de votre dossier. Ils servent à savoir si une proposition reçue est dans la norme ou hors-norme.

ProfilDécès et PTIAIncapacité et invalidité
Forme périphérique ancienne, DAPSA en rémission, méthotrexate ou aprémilast seul, bilan cardio-métabolique normalSurprime faibleSurprime plutôt qu'exclusion
Forme polyarticulaire, première biothérapie efficace depuis 2 ans, sans comorbiditéSurprime modéréeSurprime, ou exclusion limitée aux poussées articulaires
Rhumatisme équilibré mais syndrome métabolique associé (obésité, diabète, hypertension)Surprime importanteSelon l'activité articulaire
Forme axiale avec atteinte du rachisSurprime modéréeExclusion des affections du rachis fréquente
Maladie active, troisième ligne de biothérapie, arrêts de travail répétésSurprime importanteExclusion quasi systématique en contrat de groupe
Handicap fonctionnel majeur, forme destructriceExamen en niveau 3 AERASExclusion ou refus

Trois sigles à traduire, car ils reviennent dans toute proposition : la PTIA est la perte totale et irréversible d'autonomie, l'ITT l'incapacité temporaire totale de travail, l'IPT l'invalidité permanente totale. Sur un rhumatisme psoriasique, c'est l'ITT et l'IPT que les contrats amputent, rarement le décès.

Le rhumatisme psoriasique donne-t-il droit à l'oubli ?

Non. Le droit à l'oubli issu de la loi de février 2022 vise les anciens cancers et l'hépatite C, cinq ans après la fin du protocole thérapeutique et sans rechute. Il efface un risque révolu ; une maladie inflammatoire chronique, par définition, ne l'est pas.

La contrepartie existe et elle est réelle : la convention AERAS — pour « s'Assurer et Emprunter avec un Risque Aggravé de Santé » — s'applique pleinement. Elle organise un examen en trois niveaux, plafonne le capital couvert à 420 000 € par tête assurée, exige que le prêt s'achève avant votre 71e anniversaire, et prévoit un écrêtement de la surprime à 1,4 point de taux annuel effectif global sous conditions de revenus. Les délais conventionnels sont de trois semaines pour l'assureur et deux semaines pour la banque.

Michel, 64 ans : ce que la mise en concurrence a changé sur son assurance de prêt

Michel emprunte 165 000 € sur 13 ans pour sa résidence principale, assuré à 100 %. Psoriasis depuis 1999, rhumatisme psoriasique diagnostiqué en 2014, forme polyarticulaire, adalimumab depuis 2018, DAPSA à 6, aucun arrêt de travail depuis cinq ans, indice de masse corporelle à 27, tension équilibrée sous un seul médicament, non-fumeur.

La banque accepte sans surprime, mais avec une exclusion des affections articulaires et de leurs conséquences sur l'ITT et l'IPT. Sur le papier, c'est la proposition la moins chère. En pratique, elle retire de la couverture précisément ce dont Michel souffre.

Après constitution d'un dossier complet, avec lettre du rhumatologue, compte rendu dermatologique et bilan cardiologique récent, un assureur individuel propose une surprime décès et une garantie incapacité maintenue, l'exclusion étant ramenée aux seules poussées du rhumatisme.

PropositionCotisation annuelle (illustration)Coût sur 13 ansCe qui reste couvert
Contrat de groupe bancaire, taux 0,55 %908 €11 804 €Décès et PTIA ; incapacité amputée du risque articulaire
Assurance individuelle avec surprime, taux 0,72 %1 188 €15 444 €Décès, PTIA, incapacité toutes causes hors poussées articulaires

Ces montants sont des illustrations calculées sur le capital initial, pas des devis. Michel paie environ 23 € de plus par mois. En échange, un arrêt de travail long lié à un accident, un cancer ou une dépression reste indemnisé, ce que la première proposition ne garantissait pas.

En quoi un dossier rhumatisme psoriasique diffère-t-il d'une polyarthrite ?

Par le marqueur d'activité retenu, la zone examinée et l'exclusion à négocier. Confondre les trois maladies conduit à accepter la mauvaise exclusion : l'assureur instruit chaque rhumatisme inflammatoire chronique avec ses propres repères.

MaladieMarqueur d'activitéZone examinée en prioritéPoint de friction assurance
Polyarthrite rhumatoïdeDAS28Mains et pieds, érosionsExclusion auto-immune sur l'incapacité
Spondylarthrite ankylosanteBASDAI, ASDASRachis et sacro-iliaquesExclusion des affections du rachis
Rhumatisme psoriasiqueDAPSAArticulations, peau, onglesComorbidités métaboliques sur le décès

Ce qui leur est commun : aucune n'ouvre de droit à l'oubli, toutes relèvent de la convention AERAS, et sur toutes, l'incapacité de travail est plus discutée que le décès. Ce qui les sépare : les pièces à fournir et l'exclusion contre laquelle il faut se battre.

Questions fréquentes sur l'assurance emprunteur et le rhumatisme psoriasique

Questions fréquentes

J'ai un psoriasis depuis vingt ans et des douleurs articulaires depuis un an, que dois-je déclarer ?
Les deux, et séparément. Le formulaire médical comporte en général une question sur les maladies de peau et une autre sur les affections articulaires ou rhumatismales. Déclarer le psoriasis seul, alors qu'un rhumatologue vous suit pour des douleurs inflammatoires, expose à une réduction de l'indemnité, voire à la nullité du contrat en cas de fausse déclaration intentionnelle (article L. 113-8 du Code des assurances). Si le diagnostic n'est pas encore posé, indiquez la consultation en cours et joignez le compte rendu.
L'assureur peut-il exclure les affections articulaires de ma garantie incapacité ?
Oui, c'est légal et fréquent, mais ce n'est pas la seule issue possible. Une exclusion ciblée doit être écrite, motivée et identifiable dans la fiche standardisée d'information remise avant signature. Demandez la motivation médicale par écrit, puis présentez le dossier à des assureurs individuels : plusieurs acceptent de transformer l'exclusion en surprime, ou de la restreindre aux seules poussées du rhumatisme au lieu de viser toutes les affections articulaires.
Ma biothérapie va-t-elle faire refuser mon dossier ?
Rarement à elle seule. Le médecin-conseil lit la biothérapie comme un double signal : la maladie a nécessité une escalade thérapeutique, mais elle est désormais contrôlée. Une première ligne efficace depuis deux ou trois ans, avec un DAPSA en rémission et aucun arrêt de travail, se tarife mieux qu'un traitement conventionnel mal équilibré. Ce qui pèse davantage, c'est le nombre de changements de traitement et les comorbidités associées.
Après dix ans sans poussée, puis-je cesser de déclarer mon rhumatisme psoriasique ?
Non. Le droit à l'oubli ne couvre que les anciens cancers et l'hépatite C, cinq ans après la fin du protocole thérapeutique. Une maladie inflammatoire chronique reste déclarable à vie, quelle que soit sa stabilité. En revanche, dix ans de stabilité documentée constituent un argument sérieux pour renégocier une surprime obtenue à l'époque où la maladie était active.
La banque a refusé de m'assurer, que se passe-t-il ensuite ?
Le dossier doit être réexaminé au titre de la convention AERAS, qui prévoit trois niveaux d'examen successifs, jusqu'à un pool de réassurance pour les risques les plus lourds. Réclamez d'abord la motivation écrite du refus, puis vérifiez que la demande a bien été transmise au niveau supérieur. En parallèle, présenter le même dossier à plusieurs assureurs individuels reste utile : les politiques d'acceptation varient fortement d'un médecin-conseil à l'autre.
Faut-il signaler une prise en charge à 100 % par l'Assurance Maladie ?
Oui, dès qu'une question du formulaire porte sur les affections de longue durée ou sur la prise en charge des soins. Ce statut n'entraîne pas de refus automatique : il indique une maladie suivie et traitée, ce qui n'est pas défavorable en soi. L'omettre, en revanche, est facilement détectable, puisque l'assureur peut demander un relevé de prestations en cas de sinistre.

Pour aller plus loin

Sources officielles